Compléments alimentaires

Les médecins ont un rôle à jouer dans la nutrivigilance

Compléments alimentaires, aliments enrichis, nouveaux ingrédients… Depuis 2024, la nutrivigilance pilotée par le SPF Santé publique traque les effets indésirables liés à ces produits. Le dispositif mise sur l’expertise des médecins pour détecter les risques émergents et sécuriser le marché alimentaire en Belgique.

Médecin femme ordinateur rapport

Mis en place en 2024 par le SPF Santé publique, le système de nutrivigilance vise à recueillir les effets indésirables liés à la consommation de certaines denrées alimentaires. Il est né dans le sillage d’incidents rapportés avec des compléments à base de levure de riz rouge : après la reconnaissance par l’EFSA de l’efficacité de 10 mg/jour de monacoline K sur le LDL, ces produits se sont largement diffusés, avant que n’apparaissent, dès 2012, des signalements de douleurs musculaires et de troubles neurologiques.

Le SPF a depuis limité les doses autorisées et imposé des avertissements aux producteurs. Au-delà de ce cas emblématique, la nutrivigilance entend aussi surveiller les interactions (par exemple, le millepertuis et les contraceptifs ou antidépresseurs, vitamine K et anticoagulants coumariniques) afin de détecter précocement les risques émergents et renforcer la sécurité des consommateurs sur le marché belge.

La nutrivigilance couvre quatre catégories de produits. D’abord les compléments alimentaires (vitamines, plantes, substances comme la caféine), présentés en doses concentrées. Ensuite les aliments enrichis, auxquels des vitamines ou minéraux sont ajoutés (céréales au fer, lait à la vitamine D).

Elle concerne aussi les denrées destinées à des groupes spécifiques (nourrissons, bébés, patients ayant des besoins médicaux particuliers ou personnes en contrôle pondéral) ainsi que les nouveaux aliments, autorisés au niveau européen après évaluation de leur sécurité (insectes, chia, jus de noni, phytostérols).

Les effets indésirables sont des réactions nocives qui, dans le cas de la nutrivigilance, sont attribuables à la consommation de ces denrées alimentaires. Tous les effets indésirables, tels que rougeurs, crampes intestinales, perte de poids, hypertension, hépatite, fièvre, maux de tête, marqueurs sanguins altérés, défaillance rénale, reflux gastro-œsophagien, constipation... peuvent être déclarés, quelle que soit leur nature ou leur niveau de gravité. Les déclarations doivent concerner des produits achetés sur le territoire belge, y compris ceux commandés en ligne et livrés en Belgique.

Sur son site internet, le SPF Santé Publique met à disposition un formulaire en ligne accessible à tous : citoyens, professionnels de santé et opérateurs.

Le journal du Médecin : Pourquoi est-il important de déclarer les effets indésirables ?

Laetitia Vivas Y Garcia, experte Nutrivigilance au SPF Santé publique : En tant que professionnels de la santé, les médecins sont en contact direct et régulier avec les patients. À ce titre, ils occupent une position privilégiée pour détecter les effets indésirables liés à la consommation de compléments alimentaires. C’est pourquoi la Commission de nutrivigilance les encourage vivement à intégrer cette dimension dans leur pratique quotidienne. Interroger les patients sur leur consommation de produits nutritionnels permet de mieux cerner les interactions possibles notamment avec les médicaments et d’examiner d’autres pistes de diagnostic en consultation. Cela permet aussi d’avertir le SPF en cas de détection de problème pour que des mesures soient prises afin d’améliorer la sécurité des produits et donc la santé de la population. En cas d’interaction avec les médicaments, des mesures peuvent être prises conjointement avec l’AFMPS (pharmacovigilance).

Comment sont traitées les déclarations ?

Une fois soumises, les déclarations sont réceptionnées par le SPF Santé publique. S’il manque des informations importantes pour le traitement du dossier, le SPF peut recontacter le déclarant. Les déclarations suffisamment documentées sont ensuite envoyées à un médecin spécialiste qui a pour objectif d’en évaluer l’imputabilité, c’est-à-dire de déterminer si les effets indésirables apparus sont bien liés à la consommation du produit suspecté. Après avoir reçu les résultats des évaluations d’imputabilité des dossiers, ceux-ci sont présentés et étudiés par la Commission de Nutrivigilance. Celle-ci regroupe différents experts, médecins et professionnels de santé. Son objectif est d’identifier les risques émergents et d’orienter les décisions futures de l’administration.

Quels peuvent être les rôles spécifiques des médecins dans le système de nutrivigilance ?

Les experts médicaux peuvent intervenir dans deux activités principales au sein du système de nutrivigilance.

Une des activités consiste en la rédaction des rapports très courts d’évaluation d’imputabilité, qui visent à déterminer le lien de causalité entre un effet indésirable et les informations fournies dans la déclaration, telles que la chronologie des symptômes et les données médicales complémentaires. L’analyse repose sur les données cliniques disponibles et l’expertise spécifique de l’expert médical. Grâce à la diversité des spécialités au sein de la Commission, les dossiers sont attribués en fonction de la spécialité concernée, assurant ainsi une évaluation adaptée à la nature des effets rapportés.

Pour l’autre activité, les médecins peuvent siéger au sein de la Commission de nutrivigilance en tant que membres effectifs ou suppléants. Cette commission se réunit toutes les six semaines (hors période estivale) pour examiner les cas signalés, valider les rapports d’évaluation et, si nécessaire, formuler des recommandations à l’intention de l’administration. La participation des médecins garantit une prise de décision éclairée, basée sur une expertise clinique diversifiée.

Quels types de médecin sont recherchés ?

Nous sommes à la recherche de médecins de spécialités variées, notamment dans les domaines de la dermatologie, allergologie, gastro-entérologie, endocrinologie, neurologie, pédiatrie, psychiatrie, gynécologie, etc. Cette diversité permet d’assurer une évaluation rigoureuse et adaptée des cas analysés.

Pourquoi impliquer des médecins spécialistes dans les activités de la nutrivigilance ?

L’expertise médicale est essentielle pour évaluer l’imputabilité des dossiers. En effet, les déclarations d’effets indésirables peuvent contenir des informations médicales telles que les antécédents du consommateur, les effets indésirables, ainsi que, dans certains cas, des résultats d’analyses biologiques, d’imagerie médicale ou de photographies illustrant l’effet indésirable. Sur la base de l’ensemble de ces éléments, l’expert médical mobilise ses connaissances et son expérience pour procéder à l’évaluation.

Les étudiants médecins en cours de spécialisation peuvent-ils participer aux activités de la nutrivigilance ?

La Commission de nutrivigilance élargit son appel à candidatures aux médecins en cours d’assistanat de spécialisation. Cette participation encadrée permet aux futurs spécialistes de se familiariser avec les enjeux de santé publique tout en apportant leur regard clinique.  

Deux conditions demeurent essentielles : disposer d’un statut d’indépendant complémentaire, indispensable pour percevoir une rémunération, et obtenir l’accord écrit du maître de stage, garant de la compatibilité avec le parcours de formation.

Comment s’organise le travail au sein de la Commission de nutrivigilance ?

Les réunions de la Commission se déroulent toutes les six semaines en format hybride. Durant les réunions, chaque dossier ayant fait l’objet d’une évaluation d’imputabilité est présenté et étudié par la Commission. Chaque membre est invité à donner son avis sur les dossiers. Si nécessaire, des experts externes peuvent être invités à se joindre aux réunions.

Les experts médicaux perçoivent-ils une rémunération ?

Oui, les experts reçoivent un jeton de présence de 30 euros pour les réunions auxquelles ils participent et une rémunération de 45 euros pour chaque rapport d’évaluation d’imputabilité réalisé. Les frais de déplacement sont également remboursés pour les experts souhaitant participer aux réunions en présentiel.

Comment participer ?

Pour participer, les médecins spécialistes intéressés peuvent contacter le SPF par e-mail à l’adresse suivante : nutrivigilance@health.fgov.be

Wat heb je nodig

Accès GRATUIT à l'article
ou
Faites un essai gratuit!Devenez un partenaire premium gratuit pendant un mois
et découvrez tous les avantages uniques que nous avons à vous offrir.
  • checknewsletter hebdomadaire avec des nouvelles de votre secteur
  • checkl'accès numérique à 35 revues spécialisées et à des aperçus du secteur financier
  • checkVos messages sur une sélection de sites web spécialisés
  • checkune visibilité maximale pour votre entreprise
Vous êtes déjà abonné? 
Écrit par La rédaction24 février 2026
Magazine imprimé

Édition Récente
05 décembre 2025

Lire la suite

Découvrez la dernière édition de notre magazine, qui regorge d'articles inspirants, d'analyses approfondies et de visuels époustouflants. Laissez-vous entraîner dans un voyage à travers les sujets les plus brûlants et les histoires que vous ne voudrez pas manquer.

Dans ce magazine