Rougeole : ensemble pour une protection plus précoce et efficace
VACCINATION À l’occasion du symposium annuel sur la vaccination organisé par l'Université d'Anvers (‘Valentijn Vaccinatiesymposium’) le 6 février dernier, la Dre Naima Hammami et la Pre Heidi Theeten (Departement Zorg, Flandre) ont expliqué l’augmentation des cas de rougeole. Avec une incidence de 33,3 cas par million d'habitants en 2025, la Belgique occupe actuellement la deuxième place dans l'UE [1]. Notre pays risque donc de perdre son statut « rougeole éradiquée » attribué par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), « comme cela a déjà été le cas pour six autres pays de l'UE », a précisé le Pr Pierre Van Damme. État des lieux.
En Belgique, 79 % des cas de rougeole sont dus à une transmission. L'importation directe depuis l'étranger compte pour 27 % des cas. L'importation depuis la Roumanie et le Maroc, où une importante épidémie a sévi respectivement en 2024 et 2025, semble avoir joué un rôle important comme source de propagation sur le territoire belge.
Disparités régionales et groupes vulnérables
La majorité des cas en Flandre l’an dernier (229 cas, contre 123 en 2024, 35 en 2023 et un seul en 2022) ont été enregistrés chez des enfants âgés de 0 à 9 ans, mais un certain nombre de cas ont également été signalés chez des adultes de 35 à 44 ans. Une évaluation du statut vaccinal a montré que 79 % des cas concernaient des personnes non vaccinées, et 11 % des personnes n'ayant reçu qu'une seule dose vaccinale. À leur âge, ces personnes auraient dû être vaccinées selon les recommandations actuelles, a souligné la Dre Hammami.
Côté wallon, on est passé de deux cas confirmés en 2022 à 15 en 2023, puis 85 en 2024 et 58 l’an dernier, « dont 15 ont nécessité une hospitalisation », précise Lara Kotlar, porte-parole de l’AVIQ.
À Bruxelles, où une épidémie avait sévi dès 2019 (120 cas confirmés), la rougeole a ensuite moins circulé grâce aux mesures contre le covid (six cas, dont un probable, enregistrés en 2022 et 13 cas confirmés en 2023), avant de flamber en 2024 (240 cas confirmés - 281 avec les cas probables), puis de redescendre l’an dernier (48 cas confirmés - 54 avec les cas probables).
Concernant les groupes d’âges, les enfants et les ados ont été les premiers touchés l’an dernier en Wallonie: 9 cas chez les 0-4 ans, 14 cas chez 5-8 ans et 13 cas chez les 9-17 ans. Mais on a aussi dénombré 18 cas parmi les 18-44 ans (et 4 parmi les 45-64 ans). À Bruxelles, près de trois quarts des cas de rougeole concernaient des enfants de moins de dix ans (29,6 % = < 5 ans ; 20,4 % = 5-10 ans ; 5,5 % = 10-18 ans ; 5,5 % = 18-25 ans ; 20,4 % = 25-35 ans ; 11,1 % = 35-45 ans et 7,4 % = 45-55 ans – chiffres Vivalis).
À l’instar de la situation au nord du pays, « la grande majorité des cas sont des personnes non vaccinées ou vaccinées incomplètement », confirme Lara Kotlar. À cause d’un refus de vaccin ? « Les refus de vaccination contre le RRO restent stables dans le temps (+/ 3 %), nous n’observons pas de diminution spécifique de la vaccination liée à la pandémie de covid-19. »
Changement de stratégie en Flandre
Comment renforcer la protection contre la rougeole ? Pour atteindre l'immunité collective et stopper les chaînes de transmission, un taux de vaccination de 95 % est essentiel, selon l'OMS.
La dernière étude côté flamand (2020) montre que le taux de vaccination pour deux doses reste limité à 89,2 % [2]. En Wallonie, nous y sommes pour la première dose (chiffres 2019: 96,5 % en Wallonie et 94,8 % à Bruxelles), mais pas du tout pour la seconde dose : « Une enquête de couverture en 6ᵉ primaire réalisée en 2021-2022 pour la deuxième dose indiquait un taux de 73 % d’enfants vaccinés », précise Sylvie Anzalone, porte-parole de l’ONE. Même topo du côté de Bruxelles, où « le taux de vaccination pour la deuxième dose est de 75 % », complète Frederic Pellissier, porte-parole de Vivalis Brussels.
Deux pistes sont explorées pour améliorer la couverture vaccinale.
Les adultes nés après 1970 : ils sont plus susceptibles d'être non protégés car ils n'ont, souvent, pas été (complètement) vaccinés durant leur enfance et ne sont plus naturellement exposés au virus en circulation. En Flandre, une première campagne de rattrapage vaccinal en 2024, ciblant les 30-40 ans, a permis de réaliser 50.000 vaccinations. Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour augmenter encore le taux de vaccination des adultes non ou partiellement vaccinés. Côté francophone, « pas de campagne de rattrapage prévue comme cela a été le cas en Flandre (plus de cas adultes que le reste du pays) », précise l’AVIQ. Par contre, il est rappelé que « la rougeole est une vaccination du voyage, c’est important pour ne pas la ramener dans nos bagages ».
Deuxième piste, l'anticipation de la deuxième dose : si la première dose offre une protection de 93 % à 12 mois, la deuxième dose augmente cette protection à 99 %. Jusqu'à l'année dernière, la deuxième dose était administrée relativement tard en Flandre (4e année scolaire, contre 2e année en Fédération Wallonie-Bruxelles). L'OMS recommandant d'administrer cette deuxième vaccination plus tôt [3] pour mieux protéger les enfants, la stratégie de vaccination flamande a été modifiée en septembre 2025 [4] : la deuxième vaccination RRO pour les enfants (nés à partir de 2023) a été avancée à 24 mois (la RRO1 est maintenue à 12 mois).
Et côté francophone ? « Des discussions sont en cours concernant l’abaissement de l’âge de la vaccination RRO2 », répond la porte-parole de l’ONE. « Néanmoins, à ce jour, le programme de vaccination de la Fédération Wallonie-Bruxelles propose la deuxième dose à 7-8 ans, conformément aux recommandations du CSS (mais nous ne sommes pas opposés à baisser cet âge si les décisions vont en ce sens de notre côté du pays). Cette dose peut être avancée en cas de contexte épidémique ou de voyage en zone endémique. » Les médecins qui ont des petits patients issus des deux communautés linguistiques doivent garder à l'esprit que les stratégies vacinales diffèrent...
La vaccination contre la rougeole est intégrée gratuitement au calendrier vaccinal de l'ONE jusqu’à l’âge de 20 ans.
Vacciner avant 12 mois ?
Faudrait-il administrer la première dose plus tôt pour mieux protéger les plus petits ? Les données scientifiques indiquent que la réponse immunitaire au vaccin RRO chez les enfants de moins de 12 mois n'est pas optimale, ce qui rend nécessaire une vaccination de base en deux doses ultérieurement. Cette réponse sous-optimale peut être due à la présence d'anticorps maternels qui affaiblissent la réponse immunitaire après la vaccination, ou au système immunitaire encore en développement [5]. La vaccination avant 12 mois (à partir de 6 mois) n'est recommandée qu'en cas d'épidémie présentant un risque élevé pour les enfants (en crèche, par exemple) ou en cas de voyage dans un pays à haut risque d'infection.
Références
1. https://measles-rubella-monthly.ecdc.europa.eu/
2. www.zorg-en-gezondheid.be/sites/default/files/2023-10/vaccinatiegraad%20in%20VL.pdf
3. World Health Organization. Measles vaccines: WHO position paper, April 2017 - Recommendations. Vaccine. 2019 Jan 7;37(2):219-222. doi: 10.1016/j.vaccine.2017.07.066
4. www.laatjevaccineren.be/vervroeging-van-de-tweede-dosis-van-het-mazelen-bof-rubellavaccin
5. van der Staak M et al. Clin Infect Dis. 2025 Apr 30;80(4):904-910. doi: 10.1093/cid/ciae537