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Soins des plaies en voyage

La période postopératoire reste une phase critique au cours de laquelle la cicatrisation peut être compromise par l’exposition à l’eau, au soleil, à la chaleur ainsi que par une hygiène insuffisante de la plaie. Bien que les techniques chirurgicales modernes et les matériaux de pansement actuels permettent une récupération plus rapide, une plaie qui n’est pas encore complètement cicatrisée demeure vulnérable aux infections et à d’autres complications.

Chantal De Boevere - 2 juin 2026

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De plus en plus de patients reprennent leurs activités quotidiennes, y compris les voyages, peu après une intervention chirurgicale. Les vacances vers des destinations ensoleillées, les séjours à la plage et les activités nautiques font alors souvent partie des projets de voyage. Quelles sont les données scientifiques actuelles concernant les soins des plaies pendant les voyages, avec une attention particulière portée à la baignade, au contact avec l’eau de mer et l’eau douce, à l’exposition à la chaleur et au soleil, ainsi qu’au rôle du pharmacien dans l’accompagnement des patients après une intervention chirurgicale ?

La durée moyenne d’hospitalisation après une intervention chirurgicale a considérablement diminué au cours des dernières décennies. Grâce aux techniques mini-invasives, aux progrès de l’anesthésie et aux programmes de récupération optimisée, les patients quittent souvent l’hôpital quelques jours seulement après l’opération. Par conséquent, de nombreux patients se trouvent encore en pleine phase de cicatrisation lorsqu’ils partent en vacances ou entreprennent un voyage.

Bien que la majorité des plaies chirurgicales cicatrisent sans complication, la peau demeure pendant plusieurs semaines une barrière affaiblie face aux infections. Au cours d’un voyage, les plaies sont exposées à des facteurs susceptibles de perturber le processus de cicatrisation, tels que des températures élevées, un environnement humide, le sable, l’eau salée et un accès parfois limité aux soins médicaux. Une bonne préparation et des soins appropriés de la plaie sont dès lors essentiels afin de prévenir les complications.

La cicatrisation, un processus dynamique

La cicatrisation est un processus biologique complexe, traditionnellement divisé en trois phases : la phase inflammatoire, la phase proliférative et la phase de remodelage. Au cours des premiers jours suivant une intervention chirurgicale, les cellules inflammatoires assurent l’élimination des tissus lésés et des éventuels micro-organismes. Ensuite, un nouveau tissu conjonctif se forme et l’épithélialisation se met en place, permettant à la peau de se refermer progressivement. La maturation définitive de la cicatrice peut ensuite se poursuivre pendant plusieurs mois, voire plusieurs années.

Même lorsqu’une plaie opératoire semble rapidement refermée en surface, cela ne signifie pas que la réparation sous-jacente est totalement achevée. Après trois semaines, la résistance mécanique d’une cicatrice ne représente qu’environ 20 % de celle de la peau intacte. Ce n’est qu’après plusieurs mois qu’une solidité maximale est atteinte. Une certaine prudence reste donc de mise, en particulier lors de voyages au cours desquels la plaie est soumise à des contraintes supplémentaires.

Quand un patient peut-il voyager à nouveau ?

Le moment auquel un patient peut reprendre ses déplacements en toute sécurité dépend de plusieurs facteurs, notamment du type d’intervention, de la taille de la plaie, de l’état de santé général et de l’éventuelle survenue de complications postopératoires. Après de petites interventions dermatologiques ou réalisées en ambulatoire, les voyages peuvent souvent être repris après quelques jours seulement. En revanche, après une chirurgie abdominale, thoracique ou orthopédique, une période de convalescence plus longue est généralement recommandée.

Outre la plaie elle-même, il convient également de tenir compte de risques supplémentaires, tels que la thromboembolie veineuse lors de longs trajets en avion. Les patients ayant récemment subi une intervention majeure devraient, en particulier, demander conseil à leur médecin traitant avant leur départ.

Risque infectieux : qu’en est-il des piscines, de l’eau de mer, des lacs et des rivières ?

L’une des questions les plus fréquemment posées après une intervention chirurgicale concerne la possibilité de se baigner pendant les vacances. Bien que l’eau soit souvent perçue comme un élément nettoyant, son contact avec une plaie peut constituer une source importante d’infection tant que la barrière cutanée n’est pas complètement rétablie.
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Les recommandations internationales actuelles préconisent de reporter la baignade jusqu’à ce que la plaie soit complètement fermée et ne produise plus aucun exsudat. Les éventuels points de suture doivent également avoir été retirés et aucun signe d’inflammation, tel qu’une rougeur, un gonflement ou une douleur anormale, ne doit être présent. Le risque infectieux varie en outre considérablement selon le type d’eau concerné.

Les piscines bien entretenues contiennent généralement de faibles concentrations de micro-organismes grâce à la chloration et aux systèmes de filtration. Elles ne sont toutefois pas stériles. L’eau des piscines peut notamment contenir Pseudomonas aeruginosa, des mycobactéries atypiques et divers agents pathogènes cutanés. Lorsque ces bactéries pénètrent dans une plaie qui n’est pas encore complètement cicatrisée, elles peuvent provoquer des infections locales susceptibles de retarder le processus de guérison. C’est pourquoi la plupart des spécialistes en soins des plaies recommandent de ne reprendre la baignade en piscine qu’après obtention d’une fermeture complète de la plaie.

L’eau de mer est souvent considérée comme bénéfique pour la peau, mais les preuves scientifiques à l’appui de cette affirmation restent limitées. Au contraire, les eaux côtières contiennent de nombreuses bactéries provenant de sources naturelles, des activités humaines et des rejets d’eaux usées. Des micro-organismes tels que les espèces du genre Vibrio peuvent provoquer des infections graves des plaies, en particulier chez les personnes immunodéprimées ou atteintes de maladies sous-jacentes comme le diabète. Bien que ces infections soient rares, elles peuvent évoluer de manière sévère. C’est pourquoi la baignade en mer est également déconseillée tant que la plaie n’est pas complètement cicatrisée.

L’eau douce représente généralement le risque infectieux le plus élevé. Les lacs, étangs et rivières contiennent souvent des concentrations plus importantes de bactéries et d’autres micro-organismes que l’eau de mer. Des espèces du genre Aeromonas ainsi que des mycobactéries atypiques y sont fréquemment retrouvées et sont des agents reconnus d’infections des plaies. Pour cette raison, il est préférable d’éviter tout contact avec les eaux douces de surface jusqu’à la guérison complète de la plaie chirurgicale.

Chaleur, humidité et cicatrisation des plaies

De nombreuses destinations de vacances se caractérisent par des températures élevées et un taux d’humidité important. Ces conditions peuvent influencer l’environnement de la plaie. Une transpiration excessive peut entraîner le décollement des pansements et créer un milieu humide propice à la prolifération bactérienne. De plus, la chaleur provoque une vasodilatation, susceptible d’accentuer l’œdème autour de la plaie.

Il est donc recommandé, en particulier durant les premières semaines suivant une intervention chirurgicale, de limiter les expositions prolongées à une chaleur extrême. Une surveillance régulière de la plaie demeure essentielle, notamment lorsque les pansements se décollent plus rapidement ou deviennent souillés.

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Exposition solaire et formation des cicatrices

Outre la prévention des infections, les soins des cicatrices méritent également une attention particulière lors des voyages. Les cicatrices récentes sont particulièrement sensibles aux rayonnements ultraviolets. L’exposition au soleil peut entraîner une hyperpigmentation persistante, la cicatrice prenant alors une coloration plus foncée que la peau environnante. Dans certains cas, cette différence de pigmentation peut rester visible pendant plusieurs années. Par ailleurs, plusieurs études suggèrent qu’une exposition excessive aux UV peut nuire à la maturation du tissu cicatriciel et contribuer potentiellement à la formation de cicatrices hypertrophiques.

Les sociétés internationales spécialisées dans les soins des plaies recommandent dès lors de protéger les cicatrices récentes contre toute exposition directe au soleil pendant au moins 12 mois. Cette protection peut être assurée par le port de vêtements couvrants, l’utilisation de pansements en silicone ou l’application d’une protection solaire à indice élevé, d’au moins SPF 50.

Recommandations pratiques pour les voyageurs

Les patients qui voyagent peu de temps après une intervention chirurgicale ont intérêt à préparer à l’avance une petite trousse de soins pour la plaie. Celle-ci devrait idéalement contenir des compresses stériles, des pansements, du sérum physiologique, les antiseptiques prescrits ainsi que des pansements de rechange si nécessaire.

Pendant le voyage, il est important d’inspecter quotidiennement la plaie à la recherche de signes d’infection tels qu’une rougeur, un gonflement, une chaleur locale, une douleur accrue ou un écoulement purulent. En cas de doute, il convient de consulter un professionnel de santé, en particulier si des symptômes généraux comme de la fièvre apparaissent.

Lors de vacances à la plage, il est recommandé de protéger la plaie du sable, car les particules de sable peuvent provoquer une irritation mécanique et véhiculer des bactéries. Si la plaie entre accidentellement en contact avec une eau potentiellement contaminée, il est conseillé de la rincer dès que possible à l’eau courante propre ou avec du sérum physiologique.

Le pharmacien

Le pharmacien d’officine joue un rôle important dans l’information et l’accompagnement des patients qui prévoient de voyager peu de temps après une intervention chirurgicale. Outre les conseils relatifs aux soins de la plaie, il peut aider les patients à choisir des pansements adaptés, des produits de protection solaire appropriés ainsi que les éléments nécessaires à une trousse de voyage.

Le pharmacien peut également attirer l’attention sur les signes d’alerte nécessitant une évaluation médicale, tels qu’une rougeur croissante, un gonflement, une douleur importante, un écoulement purulent ou l’apparition de fièvre. Grâce à une prise en charge préventive et à des conseils adaptés, de nombreuses complications postopératoires peuvent être évitées, permettant ainsi aux patients de profiter de leurs vacances dans de meilleures conditions de sécurité et de confort.

European Wound Management Association (EWMA). Surgical wound management guidelines. 2024.

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