Aucun lien entre médicaments hypocholestérolémiants et démence
FACT-CHECK Selon une vidéo largement diffusée sur différents réseaux sociaux, la maladie d’Alzheimer n’existait pas avant 1979. Cette forme de démence ne serait apparue qu’après l’éviction des graisses animales et l’introduction des traitements par médicaments hypocholestérolémiants. Gezondheid en Wetenschap a procédé à une vérification des faits concernant cette affirmation.

D'où vient cette information?
Des vidéos qui affirment que les statines augmentent le risque de démence circulent sur les réseaux sociaux. L’une d'entre elles est signée 'Ectopia S.A.F.E.', un compte TikTok qui diffusait déjà cette idée sur ses diverses plateformes en 2024. Depuis, la vidéo a été visionnée plus de 11 millions de fois [1]. Cette même vidéo affirme également que faire baisser son cholestérol augmente le risque de démence.
Le cholestérol est indispensable à l'organisme humain. C'est un élément de base de la couche isolante (la myéline) qui entoure le prolongement des cellules nerveuses dans le cerveau. La myéline joue un rôle essentiel dans la transmission des influx entre cellules nerveuses. D'où l'affirmation qu'une diminution du taux de cholestérol pourrait perturber le fonctionnement cérébral et, à terme, provoquer la maladie d’Alzheimer. À l’inverse, on pourrait en déduire que la consommation accrue d’aliments riches en cholestérol protégerait le cerveau contre la dégénérescence.
Comment faut-il interpréter cette information?
Ce raisonnement est erroné pour les raisons qui suivent: 80 % de tout le cholestérol présent dans notre organisme est produit par le foie, seuls 20 % proviennent de l'alimentation (riche en graisses); le cholestérol qui circule dans le sang ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique et n’atteint donc pas le cerveau. En outre, le cerveau produit lui-même suffisamment de cholestérol pour l’entretien des cellules nerveuses.
Les médicaments hypocholestérolémiants tels que les statines n’ont aucune influence sur la composition des cellules nerveuses. Même si nous ne consommions absolument aucun aliment contenant du cholestérol, il resterait encore 80 % du cholestérol total de notre organisme. Cela est largement suffisant comme matériau de base pour diverses substances de notre corps : non seulement l’enveloppe des cellules nerveuses, mais aussi les membranes cellulaires et certaines vitamines.
Des cas de troubles de la mémoire ont été signalés chez des personnes qui prenaient des statines, par le passé. Cela a alimenté la crainte que les statines puissent augmenter le risque de démence. Ces affirmations ont fait l’objet d’études approfondies, qui n’ont pas réussi à les confirmer dans une revue systématique de la littérature [2].
Qui plus est, selon d’autres études, les statines auraient plutôt tendance à réduire le risque de démence [3], mais les preuves à ce sujet restent limitées. Cette hypothèse n’est toutefois pas dénuée de fondement, car un rétrécissement important des vaisseaux sanguins dû à un excès de cholestérol diminue l’apport sanguin au cerveau. Cela peut altérer le fonctionnement cérébral et, à terme, conduire à une démence vasculaire, une autre forme fréquente de démence.
Conclusion
Les affirmations selon lesquelles les médicaments hypocholestérolémiants pourraient endommager les cellules nerveuses et ainsi conduire à la démence sont non seulement simplistes, mais aussi erronées. Le cholestérol est effectivement un constituant essentiel des cellules nerveuses. Cependant, le cerveau produit lui-même le cholestérol nécessaire au bon fonctionnement de ces cellules. Ce mécanisme est indépendant du cholestérol qui circule dans le reste de l’organisme.
Références
1. Ectopia S.A.F.E.sur TikTok, Facebook et Youtube
2. Chu CS, Tseng PT, Stubbs B et al. Use of statins and the risk of dementia and mild cognitive impairment: A systematic review and meta-analysis. Sci Rep 2018;8:5804.
3. Poly TN, Islam M, Walther BA et al. Association between Use of Statin and Risk of Dementia: A Meta-Analysis of Observational Studies. Neuroepidemiology 2020;54:214-226.

À la demande de la Communauté flamande, le Centre pour l’Evidence-Based Medicine (le Cebam) a développé le site indépendant 'Gezondheid en Wetenschap'. Ses initiateurs estiment qu’il existe un réel besoin de source d’information impartiale, fiable et accessible sur la santé, fondée sur des recherches scientifiques solides ou sur l’Evidence-Based Medicine (EBM). Un fact-checking sera publié dans chaque édition du Pharmacien. Si vous avez une question que vous souhaitez nous soumettre pour vérification, vous pouvez l’envoyer à fha@pmg.be. Nous transmettrons la question à 'Gezondheid en Wetenschap'. Vous pourrez lire le résultat du fact-check ultérieurement dans Le Pharmacien.