Association européenne des pharmaciens hospitaliers
L'EAHP plaide pour une généralisation du code-barres unitaire ("single unit barcoding")
Dans une prise de position (position paper) publiée récemment, l'Association européenne des pharmaciens hospitaliers (EAHP) plaide pour une généralisation du code-barres unitaire (single unit barcoding). Ce système contribue à réduire les erreurs médicamenteuses, en particulier lors de l'administration des médicaments au lit du patient.
Les incidents liés aux médicaments représentent une part importante des dommages évitables dans les soins de santé. À l'hôpital, il s'agit d'erreurs survenant lors de la prescription, de la délivrance et, surtout, de l'administration des médicaments.
Ces erreurs entraînent un allongement de la durée d'hospitalisation, des réhospitalisations évitables ainsi qu'une augmentation des coûts pour les patients et l'assurance maladie. Pour l'EAHP, le codage à barres unitaire (single unit barcoding) constitue une mesure technologique concrète permettant de prévenir une grande partie de ces problèmes.
Codage de base ou codage avancé
L'EAHP s'appuie sur des exemples de pays européens où le code-barres unitaire (single unit barcoding) est déjà mis en œuvre, notamment l'Espagne, le Danemark et les Pays-Bas.
Au Royaume-Uni, certains hôpitaux associent le codage à barres à un système de gestion en boucle fermée de l'administration des médicaments (closed-loop medicines administration). Dans ce modèle, l'ensemble du processus de gestion et d'administration des médicaments est pris en charge de manière numérique et automatisée : prescription, délivrance, identification du patient et du médicament, administration et enregistrement. Un tel système permet de réduire les erreurs médicamenteuses, de détecter les prescriptions annulées ou modifiées et d'identifier le type d'erreur qui a pu être évité.
L'EAHP demande dès lors aux fabricants d'apposer un code-barres sur chaque ampoule, flacon ou alvéole de plaquette (blister). Elle distingue à cet égard le codage de base (basic coding), qui consiste en un code GS1 DataMatrix contenant uniquement un identifiant GTIN, et le codage avancé (advanced coding), qui comprend, en plus du GTIN, le numéro de lot et la date de péremption dans un code GS1 DataMatrix. Cette seconde option est naturellement privilégiée, en particulier pour les nouveaux produits. Toutefois, le codage de base offre déjà des avantages considérables et constitue une solution adaptée lorsque l'espace disponible sur l'emballage est limité.
Une mise en œuvre qui ne va pas de soi
Selon l'EAHP, le code-barres unitaire ne peut être pleinement efficace que si les hôpitaux disposent d'une infrastructure numérique suffisante. Les retours des organisations membres de l'EAHP montrent que certains pays ont déjà réalisé des progrès importants dans la numérisation des hôpitaux, tandis que d'autres accusent un retard. L'EAHP plaide donc pour un financement ciblé des infrastructures numériques.
Les hôpitaux doivent également choisir avec soin la technologie la plus adaptée à leur environnement : lecteurs de codes-barres dédiés, réutilisation d'équipements existants ou applications basées sur des smartphones. Selon l'EAHP, les coûts d'investissement peuvent être en partie compensés par des gains d'efficacité, notamment grâce à une diminution du recours aux doubles contrôles manuels.
L'EAHP souligne toutefois que l'introduction du codage à barres ne se fait pas sans difficultés. Ces systèmes modifient les processus de travail, les responsabilités et les habitudes des professionnels de santé. Des problèmes techniques, la pression du temps, une mauvaise intégration dans les flux de travail ou des systèmes peu ergonomiques peuvent conduire à des contournements des procédures et créer de nouveaux risques. C'est pourquoi les hôpitaux doivent analyser en profondeur leur propre contexte avant de mettre en place un tel système. Des solutions conviviales favorisent une utilisation correcte et peuvent également contribuer à assurer la continuité des soins en situation de crise, lorsque du personnel moins expérimenté est amené à renforcer temporairement les équipes.
Au-delà du milieu hospitalier
Il n'est pas surprenant que l'EAHP considère les pharmaciens hospitaliers comme des acteurs clés dans la mise en œuvre du scannage des codes-barres pour l'administration des médicaments. Grâce à leur expertise des processus liés aux médicaments, ils peuvent contribuer à concevoir des systèmes à la fois sûrs et adaptés à la pratique.
Selon l'EAHP, leur implication est essentielle lors de l'implémentation, la formation des utilisateurs et l'intégration du système dans les circuits de médication existants. Le code-barres unitaire devient non seulement une solution technique, mais aussi un élément dans une politique plus globale de sécurité médicamenteuse.
L'EAHP estime en outre que l'utilisation du codage à barres unitaire ne doit pas se limiter au milieu hospitalier: ce système peut également démontrer son utilité dans les soins à domicile et les maisons de repos et de soins. Dans tous ces contextes, la sécurité de la médication constitue un enjeu majeur.