Vapeur, OPB et fonction sexuelle
CONGRÈS EAU La thérapie thermique par vapeur d’eau constitue une option mini-invasive pour soulager les symptômes du bas appareil urinaire liés à une obstruction prostatique bénigne, tout en préservant la fonction sexuelle. C’est ce qui ressort de l’étude VAPEUR-RCT.
Alors que la thérapie thermique par vapeur d’eau (WVTT) est utilisée depuis plusieurs années pour traiter l’obstruction prostatique bénigne (OPB), il n’y avait pas encore d’étude la comparant avec un traitement médicamenteux de référence. « L’objectif de notre étude ouverte de non-infériorité, VAPEUR-RCT, était donc d’évaluer la sécurité et l’efficacité de la WVTT Rezūm et de la comparer avec la pharmacothérapie combinée (PC) chez les hommes sexuellement actifs et réfractaires aux alpha-bloquants », a expliqué le Pr Jean-Nicolas Cornu, chef de service d’urologie au CHU de Rouen (France) [1].
En effet, si la PC est actuellement recommandée dans ce cas de figure, son utilisation à long terme est souvent limitée par des effets indésirables sexuels et une faible observance. D’où l’intérêt d’explorer la non-infériorité, voire la supériorité d’une alternative.
Des symptômes nettement améliorés
Au total, 151 patients ont été randomisés vers la WVTT ou la PC [2]. Au bout d’un an de suivi, les résultats concernant les principaux critères de jugement sont nets.
- L’amélioration de l’International prostate symptom score (IPSS) est supérieure dans le bras expérimental, avec une amélioration de 10,8 points en moyenne pour la WVTT, contre 6,2 en moyenne pour la PC. « Et quand on regarde la répartition des patients entre les catégories d’IPSS, nous pouvons voir que, dans le bras WVTT, la grande majorité des hommes qui présentaient des symptômes sévères ont “switché” dans les catégories des symptômes modérément sévères ou modérés après un an de Rezūm. »
- Alors que le score du Male Sexual Health Questionnaire (MSHQ) est resté stable avec la WVTT (+1,1 en moyenne), il a diminué avec la PC (-5,2 en moyenne).
VAPEUR-RCT a aussi exploré plusieurs critères de jugement secondaires, relatifs à une certaine progression clinique. Comparée à la PC, la WVTT est associée à des taux plus faibles de reprise chirurgicale (1,3 %, versus 9,2 %), à une augmentation de l’IPSS égale ou supérieure à 4 points (2,7 %, versus 13,2 %) et à des taux moindres de rétention urinaire (0 %, versus 1,3 %). En revanche, il a fallu introduire un nouveau médicament pour traiter des symptômes du bas appareil urinaire (SBAU) liés à une OPB plus souvent avec la WVTT qu’avec la PC : 12 %, versus 1,3 %.
Des effets secondaires « qui valent le coup »
Les événements indésirables liés au traitement (TAERs) sont particulièrement intéressants à analyser. Ils ont été plus fréquents avec la WVTT puisqu’ils ont concerné 40 % des patients, contre 27,6 % avec la PC. Des événements jugés sévères sont d’ailleurs survenus chez neuf patients traités avec la WVTT, contre un seul avec la médication. « Notons toutefois que presque tous les TAERs liés à la WVTT (plus de 92 %) étaient résolus à un an… contre moins de 60 % avec la PC. »
Et, surtout, ils ne sont pas de la même nature ! Alors que le Rezūm induit essentiellement des symptômes et infections urinaires procéduraux, la médication provoque des effets secondaires d’ordre sexuel : des dysfonctions érectiles (11,8 % contre 2,7 % dans le bras WVTT) et/ou de la baisse (9,2 %), voire de la perte de libido (1,3 %)… que l’on ne retrouve pas du tout dans le bras expérimental.
Il y a fort à parier que, entre des effets indésirables procéduraux transitoires et des effets secondaires médicamenteux persistants touchant la sexualité, la plupart des patients auront vite fait de choisir. « En tous cas, concernant l’amélioration de l’IPSS à un an, notre étude établit la supériorité de la WVTT par rapport à la PC et ce, sans compromettre la fonction sexuelle », conclut le Pr Cornu. « Ce qui la positionne comme une alternative sérieuse et justifierait une réévaluation des algorithmes thérapeutiques actuels pour traiter les SBAU/OBP de ces patients. »
Références
1. J-N Cornu, Water Vapor Thermal Therapy with Rezūm vs. combination therapy for male LUTS/BPO: 1-Year results from a prospective, multicenter randomized controlled trial (VAPEUR-RCT), présenté au Congrès EAU26, le 15 mars 2026.
2. Les médicaments prescrits combinaient principalement du dutastréride avec de la tamsulosine, de la silodosine ou encore de l’alfuzosine.