Vandenbroucke suit l'avis de la CRM
Alzheimer au stade précoce: la Belgique ne remboursera pas le Leqembi
Le Leqembi (lecanemab), traitement contre la maladie d'Alzheimer au stade précoce, ne sera pas remboursé en Belgique. Le ministre de la Santé publique et des Affaires sociales Frank Vandenbroucke a décidé de suivre en ce sens l'avis de la Commission de remboursement des médicaments (CRM) de l'INAMI.
Le Leqembi était le premier traitement de ce type à recevoir le feu vert européen, il y a un peu plus d'un an, suivi un peu plus tard du Kisunla (ou donanemab). Ces deux produits ont pour but de ralentir la progression d'Alzheimer à un stade précoce de la maladie.
Dans les deux cas, il s'agit d'un anticorps monoclonal qui agit sur les plaques amyloïdes qui se forment dans le cerveau du patient.
"Trop peu convaincant"
Pour les deux produits, des risques d'effets secondaires très lourds, parfois mortels, ont été observés, ce qui a amené les autorités européennes à n'autoriser récemment leur mise sur le marché que pour un groupe réduit de patients: ceux qui présentent des troubles cognitifs légers ou une démence légère liés à un Alzheimer précoce, et qui n'ont qu'une seule copie ou même aucune du gène ApoE4, un facteur de risque important pour la maladie d'Alzheimer.
LIRE PAR AILLEURS : Des experts de l'Alzheimer craignent une inégalité de traitement
"La CRM a rendu un avis négatif parce que le traitement n'a pas tenu ses promesses. Son effet sur le déclin cognitif et fonctionnel s'avère trop peu convaincant. Le ralentissement serait à peine perceptible pour le patient ou son entourage (en termes cliniques, il s'agit d'une fraction de point sur une échelle de 0 à 18). Il n'existe pas non plus de données sur les effets à long terme et la mortalité", explique le cabinet du ministre Vandenbroucke.
Un suivi lourd et coûteux
Parallèlement, le traitement peut mener à des œdèmes ou à des hémorragies cérébrales, et il est en lui-même lourd à suivre, rappelle le cabinet: il nécessite une ponction lombaire ou un PET-scan au préalable, en plus d'un test génétique, puis un déplacement à l'hôpital toutes les deux semaines.
"Vous devez également passer des IRM à plusieurs reprises - au moins trois pendant le suivi, en plus de l'IRM au moment du diagnostic - et des examens supplémentaires dès qu'une anomalie apparaît. Par ailleurs, il faut passer des tests cognitifs tous les six mois. Et tout au long du traitement, il faut rester vigilant face aux effets secondaires dans le cerveau. L'impact sur le quotidien du patient est très lourd pendant une longue période, alors que les symptômes ne changent pratiquement pas."
Le coût n'est par ailleurs pas négligeable: 25.862 euros par patient et par an (rien que pour le médicament).
"Nous comprenons le désespoir des personnes diagnostiquées et de leur entourage. (...) La question essentielle est de savoir quelle qualité de vie un patient doit sacrifier pour un ralentissement si minime que l'on peut se demander s'il est même perceptible", indique Frank Vandenbroucke, cité dans le communiqué.