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Les bienfaits du soleil sur la santé

Les données épidémiologiques et expérimentales disponibles suggèrent que la relation entre l’exposition au soleil et la santé est considérablement plus complexe qu’on ne le pensait auparavant. À côté des risques bien connus liés aux rayonnements UV, il semble également exister d’importants bénéfices physiologiques. Les recherches futures devront déterminer quelle quantité d’exposition solaire est optimale, comment des facteurs tels que le type de peau et la localisation géographique influencent cette relation, et comment les recommandations de santé publique peuvent trouver un équilibre entre la prévention du cancer de la peau et les bénéfices systémiques potentiels de l’exposition au soleil.

Chantal De Boevere - 2 juin 2026

zonlicht

Pendant plusieurs décennies, les conseils de santé ont principalement mis l’accent sur la limitation de l’exposition au soleil. Les rayonnements ultraviolets (UV) sont en effet considérés comme un facteur de risque majeur de vieillissement cutané, de dommages à l’ADN et de cancer de la peau. Les recommandations internationales préconisent dès lors l’utilisation de crème solaire, le port de vêtements de protection et l’évitement des expositions intenses au soleil. Ces recommandations reposent sur des preuves solides montrant qu’une exposition excessive aux UV augmente le risque de tumeurs cutanées malignes, notamment le mélanome et les cancers cutanés non mélanocytaires. Parallèlement, il est reconnu que l’exposition au soleil est nécessaire à la synthèse cutanée de la vitamine D.

La littérature scientifique récente suggère toutefois que les effets biologiques de l’exposition au soleil pourraient être plus étendus que la seule production de vitamine D. Un nombre croissant d’études épidémiologiques et expérimentales indiquent qu’une exposition modérée au soleil pourrait être associée à des effets bénéfiques sur la santé cardiovasculaire, la régulation du système immunitaire et la mortalité globale. Dès lors, certains milieux scientifiques s’interrogent de plus en plus sur le caractère potentiellement trop unilatéral des recommandations traditionnelles visant à éviter l’exposition au soleil, en particulier pour les populations vivant en Europe du Nord, où l’ensoleillement annuel est relativement limité.

Une relation complexe

Une vaste étude de cohorte britannique dirigée par Richard Weller [1] a analysé les données médicales d’environ 360.000 personnes à la peau claire. Les chercheurs ont observé qu’une exposition plus élevée aux rayonnements UV était associée à un risque de mortalité globale plus faible. Les personnes vivant dans les régions méridionales plus ensoleillées de Grande-Bretagne ou utilisant fréquemment des bancs solaires présentaient respectivement un risque de décès réduit de 12 % et de 15 %, malgré un risque accru de cancer de la peau. Ces résultats suggèrent que la relation entre l’exposition au soleil et la santé est plus complexe qu’on ne l’a longtemps supposé.

Des résultats similaires ont été rapportés par Pelle Lindqvist [2] de l’Institut Karolinska en Suède. Dans le cadre d’une étude longitudinale, environ 30.000 femmes suédoises ont été suivies pendant 20 ans. Après ajustement pour des variables telles que l’âge, le statut socio-économique et les problèmes de santé préexistants, il est apparu que les femmes les plus exposées au soleil présentaient une mortalité globale significativement plus faible que celles qui évitaient systématiquement l’exposition solaire. Le groupe le plus exposé au soleil présentait un risque de décès environ deux fois moindre que le groupe ayant l’exposition la plus faible.

Mécanismes biologiques complémentaires

Traditionnellement, les effets bénéfiques de l’exposition au soleil sur la santé étaient principalement attribués à la vitamine D. Les recherches actuelles suggèrent toutefois l’existence de mécanismes biologiques complémentaires. Une hypothèse importante concerne la libération d’oxyde nitrique (NO) à partir de la peau sous l’effet du rayonnement UVA. Les travaux de Weller et de ses collègues ont montré que l’exposition aux UVA peut induire une vasodilatation et entraîner une diminution temporaire de la pression artérielle.

Ce mécanisme pourrait contribuer à une réduction du risque cardiovasculaire chez les personnes bénéficiant d’une exposition régulière et modérée au soleil. Par ailleurs, des effets sur les rythmes circadiens, la fonction immunitaire et la régulation de l’inflammation font actuellement l’objet de recherches. Selon Weller, l’exposition au soleil pourrait être bénéfique tant pour le système cardiovasculaire que pour le système immunitaire, à condition d’éviter les coups de soleil.

« L’exposition au soleil peut être bénéfique pour le cœur et le système immunitaire. Il faut simplement veiller à ne pas attraper de coup de soleil. »

Une exposition modérée au soleil

D’un point de vue évolutif, l’exposition au soleil semble avoir joué un rôle fondamental dans la physiologie humaine. L’être humain moderne est apparu dans les régions équatoriales d’Afrique, caractérisées par une forte exposition aux rayonnements UV. Le développement de la mélanine a fourni une protection contre les dommages à l’ADN induits par les UV. Lorsque les populations humaines ont migré vers des latitudes plus septentrionales, où l’ensoleillement est moindre, la teneur en mélanine de la peau a progressivement diminué. Cette adaptation a accru la pénétration des rayonnements UV et a probablement favorisé la synthèse de la vitamine D, ainsi que d’autres processus biologiques dépendants des UV. Ces adaptations évolutives suggèrent qu’une éviction totale de l’exposition au soleil n’est peut-être pas optimale pour la santé humaine, en particulier dans les régions où l’ensoleillement est limité.

Bien que des découvertes récentes mettent en évidence les bénéfices potentiels de l’exposition au soleil pour la santé, la prudence reste de mise. Une exposition excessive aux rayonnements UV augmente incontestablement le risque de cancer de la peau, de photovieillissement et de dommages à l’ADN. Le consensus scientifique actuel n’évolue donc pas vers une exposition illimitée au soleil, mais plutôt vers une approche nuancée selon laquelle une exposition modérée pourrait procurer un bénéfice net pour la santé, à condition d’éviter les coups de soleil.

1. Journal of Investigative Dermatology (2024) 144, 1724e1732
2. Anticancer Research 38: 1173-1178 (2018)

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